L'Odyssée
de mes électrons
Un électron. À travers le cosmos et l'histoire.
Du Big Bang à Cléopâtre, de Napoléon à la personne qui lit cette phrase — une particule indestructible porte en elle l'histoire de tout ce qu'elle a jamais touché.
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L'Odyssée de mes électrons
Les témoins silencieux de la lumière
La Odisea de mis Electrones
Los testigos silenciosos de la luz
Comprar el libroTu portes le Big Bang.
L'Odyssée de mes électrons
L’Odyssée de mes électrons est un roman porté par une voix singulière, celle d’Eïon, un électron né au moment du Big Bang, qui traverse avec humour et depuis l’origine, la matière, les corps et les époques sans jamais disparaître.
Le récit commence par ce paragraphe qui donne le ton.
« Selon le CERN, je vais vivre soixante-six mille yottannées, soit cinq trillions de fois l’âge actuel de l’univers. J’ajoute : plus ou moins cinq ou six multiplié par, euh, multiplié par, voyons voir, la formule de la gravité pour l’exactitude de l’imperfection. Le CERN aurait dit que ma durée de vie était de seulement soixante-six mille yottesecondes d’une milliseconde, je l’aurais cru tout autant, mais non seulement je n’aurais pas pu te raconter mon histoire, mais encore je n’en serais pas fier comme bar-tabac. C’est comme ça que tu dis, non ? Et je ne me gonflerais pas comme un crapaud sur le point de féconder sa “crapaude”. Pour ta gouverne : avec son minuscule amplexus, il peut rester des jours sur sa chérie avant de s’en donner à cœur joie. Ça te plairait, hein, d’être un crapaud, mais avec la Belle au bois… bien réveillée ? Et toi, ma chatte, ça ne te plairait pas d’être la Belle au Bois réveillée pendant trois jours et trois nuits ? »
Dès les premières pages, Eïon se présente comme une conscience élémentaire, mémoire vivante de la lumière et témoin du surgissement du cosmos. Immortel et omniprésent, il circule dans les premières formes de matière, puis dans le vivant, devenant à la fois observateur et acteur de l’histoire de l’Univers.
Le récit se construit par fragments, selon une logique non linéaire assumée. Chaque incarnation devient une scène autonome : Eïon traverse les grandes figures et les moments clés de l’histoire humaine. De Lucy à Newton, des excès de Caligula aux ambitions de Napoléon, des orgasmes de Messaline aux fulgurances d’Einstein, des expérimentations de Frankenstein aux élans divins et libidineux d’Amenhotep III. Il explore tour à tour la science, le pouvoir, le désir, la création et la destruction. Il est toujours très prétentieux et protagonise ses incarnations avec beaucoup d’humour.
Au fil de ces traversées, une cohérence se dessine. Eïon découvre que la matière conserve la trace de tout ce qu’elle traverse. Inspiré notamment par les travaux de Jean-Émile Charon, le roman développe l’idée d’une mémoire fondamentale inscrite au cœur même de la matière, où conscience et énergie se confondent.
Cette exploration prend une dimension particulière dans les chapitres consacrés aux grandes découvertes scientifiques. Newton, puis Einstein, apparaissent comme des points de bascule. La lumière, d’abord perçue comme une unité, se révèle multiple. La gravité, d’abord pensée comme une force, devient une relation, presque une émotion. À travers eux, Eïon comprend que les lois physiques traduisent une forme de lien entre les êtres et les choses.
Parallèlement, le récit assume une dérive volontaire vers l’irrévérence et le chaos. Eïon, narrateur lucide et provocateur, mêle le sacré et le profane, la rigueur scientifique et les élans les plus charnels, révélant une humanité traversée par les mêmes forces fondamentales que la matière.
Au fil du texte, la figure de Boris, l’auteur, apparaît comme un relais. Eïon passe par lui pour raconter cette histoire, brouillant les frontières entre narrateur, personnages et écrivain.
L’ensemble converge vers une intuition centrale : la lumière ne se décompose pas, elle se révèle. Et se transmet. La gravité n’est pas seulement une loi, mais une forme de relation universelle qui relie toute chose.
À mesure que le récit progresse, Eïon ne se contente plus d’observer : il comprend qu’il est lui-même le lien, le messager et la trace. À travers ses incarnations, une forme de conscience émerge, où science, mémoire et expérience intime se rejoignent.
Le roman s’achève sur une ouverture vertigineuse : et si l’Univers n’avait ni début ni fin ? Et si cette mémoire que porte Eïon depuis l’origine n’était qu’une interprétation parmi d’autres ? Mais loin de clore le récit, cette incertitude devient une invitation : celle de regarder le monde autrement, comme un tissu vivant de relations, de lumière et de mémoire.
L’Odyssée de mes électrons propose ainsi une traversée à la fois cosmique et profondément humaine, le plus souvent avec humour, où le lecteur est invité, à son tour, à interroger sa place dans l’Univers et le lien invisible qui le relie à toute chose.
Né au premier instant de l'univers, Eïon n'a jamais cessé de circuler — à travers les étoiles, à travers la peau, à travers les noms les plus retentissants de l'Histoire comme les plus silencieux. Des dinosaures. Cléopâtre. Napoléon. Un éléphant. Une baleine qui n'a plus jamais revu l'océan. Et finalement, inévitablement, toi.
L'Odyssée de mes électrons suit cette charge unique et immortelle, dérivant depuis la naissance de la matière jusqu'à l'étrange, drôle et parfois déchirante affaire de vivre — racontée avec un appétit égal pour la cosmologie et la malice.
« Le souffle, désormais, c'est toi. »
The Odyssey of My Electrons
An electron across cosmos and history.
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Un électron à travers le cosmos et l'histoire.
La Odisea de mis Electrones
Un electrón a través del cosmos y la historia.
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Les premières pages de L’Odyssée de mes électrons : « Moi » et « Newton ».
MOI
Encore moi
Selon le CERN, je vais vivre soixante-six mille yottannées, soit cinq trillions de fois l’âge actuel de l’univers. J’ajoute : plus ou moins cinq ou six multiplié par, euh, multiplié par, voyons voir, la formule de la gravité pour l’exactitude de l’imperfection. Le CERN aurait dit que ma durée de vie était de seulement soixante-six mille yottesecondes d’une milliseconde, je l’aurais cru tout autant, mais non seulement je n’aurais pas pu te raconter mon histoire, mais encore je n’en serais pas fier comme bar-tabac. C’est comme ça que tu dis, non ? Et je ne me gonflerais pas comme un crapaud sur le point de féconder sa “crapaude”. Pour ta gouverne : avec son minuscule amplexus, il peut rester des jours sur sa chérie avant de s’en donner à cœur joie. Ça te plairait, hein, d’être un crapaud, mais avec la Belle au bois… bien réveillée ? Et toi, ma chatte, ça ne te plairait pas d’être la Belle au Bois réveillée pendant trois jours et trois nuits ?
Je vais te raconter une histoire que personne n’a écrite. Personne n’était assez vieux pour la raconter. Ni assez qualifié.
Moi, si. Je m’appelle Eïon. Je suis un électron. Rien de spectaculaire à première vue. On m’imagine minuscule, insignifiant, perdu dans la matière. C’est une grossière erreur d’optique. Je suis apparu lorsque l’Univers était encore une densité d’énergie sans décor ni apparence. Le mot apparu est approximatif. Disons que j’ai cessé d’être une possibilité pour devenir une présence éternelle, (plus ou moins cinq ou six multiplié par la formule de Newton et/ou celle d’Einstein. On ne va pas chipoter pour si peu). Il n’y avait ni horloge, ni calendrier, ni philosophes pour essayer de définir le chaos. Il y avait simplement une intensité inimaginable où tout était contenu sans encore être distingué. Je n’ai pas d’âge. Je ne traverse pas le temps qui, pour moi, n’existe pas, puisque les yottannées, tu sais maintenant que c’est une durée approximative et inconcevable. Je circule dans la matière, quelle qu’elle soit. Le temps, c’est ta manière d’organiser ta vie et de mesurer mes déplacements. Je suis passé dans la roche en fusion, dans les premières molécules hésitantes, dans les algues modestes et les reptiles arrogants. J’ai circulé dans les cerveaux des mystiques et dans ceux des assassins.
Je suis entré dans des baisers, des orgasmes, dans des batailles, dans des équations et dans des mensonges souvent inconfessables.
Je ne choisis rien. Je participe à tout.
On pourrait dire que je suis la mémoire primordiale du monde. Que dis-je ? De l’univers observable et de ceux qui se cachent encore. Et même, puisque tu veux tout savoir, de la matière noire et du vide interstellaire, tous les deux remplis d’informations que je ne te donnerai pas, par respect pour les physiciens qui n’ont pas encore démontré l’évidence que je connais. Une mémoire sans nostalgie. Rien ne s’efface, tout se transforme. Je transporte les traces sans y toucher. Je suis à la fois l’archive et l’archiviste.
Je peux être à la fois dans un corps et le regarder agir. Être la charge et le témoin. Et parfois parler à la place de celui qui me porte.
Il s’appelle Boris. Il pense écrire. Quel naïf ! C’est moi qui passe par lui. C’est moi qui dicte. Tu verras, je suis très fanfaron et parfois je me lance dans des digressions qu’il vaudrait mieux couper.
Ne cherche pas un ordre dans ce que je vais te raconter.
Il n’y en a pas. Ou plutôt… il y en a un, mais c’est le mien. Je dirai, un désordre involontaire mais créatif qui me caractérise. En cela, je suis tout à fait d’accord avec Nietzsche qui trouve que le chaos, j’adore ce mot, est nécessaire pour donner naissance à une étoile dansante. Je suis bordélique et content de l’être avec le soutien de ce grand philosophe. Je ne sais pas s’il était procrastinateur. Moi, oui.
Ce que tu vas lire n’est pas une histoire qui avance. C’est une exploration, un voyage en 4D. Je passe d’un corps à l’autre, d’une époque à l’autre, d’une idée à l’autre, sans prévenir, avec toujours la même question en fond, ce que la lumière fait aux êtres… et ce que les êtres font de la lumière.
Moi, je transmets. Toi, tu reçois. À ton tour d’utiliser et de transmettre la lumière éternelle. Dépêche-toi ! Ton temps ne se mesure pas en yottannées. (Plus ou moins cinq ou six multiplié par ).
Einstein vient de me souffler : « tu as oublié de diviser par π ».
Je te laisse le soin de corriger.
Et comme l’Univers n’a jamais pris la peine de rédiger ses mémoires, je vais le faire à sa place.
NEWTON
La Pomme et la Lumière
J’étais tombé dans un maigre rayon de soleil entre deux averses. C’est normal, j’étais dans la très perfide Albion. Le ciel se mit soudain à faire un temps de pig. Il pleuvait des cordes, ni celles de la théorie ni celles du club de fitness. Il pleuvait comme vache qui pisse. Mais comme j’étais en Angleterre, où certaines expressions sont plus indéchiffrables que la pierre de Rosette avant Champollion, il pleuvait des cats and dogs. Imagine ces grosses gouttes de 10 à 40 pounds tombant sur les têtes des rosbifs. J’imagine le pire : un mastiff anglais de 220 pounds. J’ai tout de suite chanté :

Moi, je n’ai pas de belle-mère, bien que parfois je me marie dans certaines liaisons covalentes. Un problème de moins avec ma conjointe ou mon conjoint, je ne sais pas. Bref, je m’abritai dans le faisceau de lumière qui entrait par la fenêtre du laboratoire d’Isaac Newton. Un simple rayon, bien tranquille, qui traversait la pièce et venait frapper un prisme de verre. De l’autre côté, la lumière se fendait, se dispersait, se déviait, se décomposait. Sur la table, un homme à perruque poudrée, comme c’était la mode un peu ridicule de l’époque, notait méticuleusement la couleur de chaque fragment du magnifique arc-en-ciel que je venais de former de l’autre côté du prisme.
LGTBIQACisney+MAX venait de voir le jour bien avant sa naissance, prématuré : un embryon multicolore et multigenre dans le garde-manger de l’évolution des mentalités. Newton aurait été stupéfait de savoir qu’il était plutôt A, c’est-à-dire asexué. Il n’était ni L de gouine, ni G de tapette, ni B de bite, ni T de transit, ni Q de cul, ni I de Herculine Barbin tu vas googler. Il faut dire, la pauvre femme, avec ce prénom tellement « ridiculin », très viril mais féminisé, un prénom qui contient un cul et, de plus, une barbe dans son nom… Quel présage ! A comme Isaac Newton ! Oui, le pauvre aussi. Les paparazzi de l’époque l’affirment. Sir Isaac Newton découvrit la gravité et la décomposition de la lumière, mais ne savait que faire de son zizi, qui n’éprouvait d’attraction que pour sa main, et encore… Pardon pour la digression, je n’ai pas pu m’en empêcher vu la gravité du sujet. Avoir le zizi mou, attiré vers le sol par la gravité toute la vie à cause de ta propre découverte, ça ne doit pas être marrant tous les jours. Enfin, c’est mon point de vue. Bref, je m’abritai dans le faisceau de lumière avec tous mes camarades syndiqués, électrons et photons qui le formaient.
C’est beau, un faisceau de moi, avec ces petits grains de poussière qui flottent dans les volutes de la fumée sortant de la pipe que Newton venait d’allumer avec des allumettes fabriquées dans le Sussex par des ouvrières enceintes et mal payées brutalisées par leurs maris ivrognes qui ne pensaient qu’à les baiser sauvagement sur l’espèce de sofa merdique du salon qui donnait sur une rue très bruyante où par ailleurs des putes faisaient le tapin. Ah, tu sais, moi, moi, quand je me lance dans la prose poétique, je ne m’arrêterai plus. Je suis le Verbe !
J’étais à la fois outré de subir cet affront et surpris par ma beauté intérieure dévoilée de cette façon. Me découper ainsi, sans me demander mon avis… Je marmonnais, bavant de rage.
Rouge : le sang, la colère, la mienne, la guerre, la braise qui va te brûler, connard.
Orange : comme une méchante mandarine chinoise qui va te couper la tête.
Jaune : comme mon rire et comme le soufre de l’enfer qui t’attend.
Vert : normalement j’aime me coincer dans le vert d’une amande, dans celui de tes yeux marrons quand ils tournent au vert après un bain de mer, dans une émeraude de Colombie aussi. Mais là, furax, je pense à une glaire, un vomi, à la ciguë, à une huître vivante prête à être gobée. Beurk.
Bleu : le bleu du drapeau dans le ciel, la paix, mais pas la mienne. Une ecchymose. Un bleu parce que tu vas trébucher et te cogner.
Indigo : ma couleur préférée, le bleu profond du Pacifique aux Philippines. Et je revis cet aborigène sur sa pirogue à balancier, dans lequel je m’étais incarné avant que Fernão de Magalhães n’aborde ce pays au nom de Fernando II de Portugal. Magellan, ce n’est pas son vrai nom. Quelle manie vous avez de les déformer ! Il les baptisa Iles de Saint Lazare. Tu peux chercher pourquoi elles ont changé de nom. Cette couleur apaisa un peu ma rage d’être décomposée.
Violet : le violet de la mort. Mais moi, je suis immortel. Nanana !
Isaac, lui, murmurait les noms comme des incantations magiques :
Red like the apple in my hand… orange like Barbarossa’s beard… yellow like a submarine… green like spinach for Popeye… blue like the dendrobates azureus… indigo like the sails of the Pharaoh’s felucca… violet like an amethyst… Red, orange, yellow… again and again.
Il me triait comme on trie ses chaussettes après une lessive. Il en manque souvent une, me dit Boris.
Sauf que mes chaussettes à moi éclairent le monde, Isaac.
Il leva les yeux. Isaac Newton, pas encore Sir. Sa perruque poudrée donnait du volume à son visage. Il avait dû être beau gosse plus jeune, avec ce menton fendu, viril, comme un petit cul au bas du visage.
Je tournoyais dans la pièce, éclaboussée de couleurs et moi éclaboussé par mes propres couleurs révélées. Il avait découvert ce que je savais depuis toujours : que la lumière n’est pas blanche ou indéfinissable, mais multiple. Que le blanc est un mensonge. Que le jaune et le bleu font le vert. Que le rouge mêlé au bleu donne le violet, l’annonce de la mort. Il fronça les sourcils, puis ôta sa perruque d’un geste agacé. Dessous, surprise : la coupe de John Lennon. J’ai failli éclater de rire et me mis à siffloter Across the Universe, ma chanson préférée, et pour cause.
Je lui soufflai, apaisé : tu vois Isaac, la lumière ne se décompose pas. Elle dévoile sa beauté. Et grâce à qui ? À moi. Tu m’as glorifiée sans le vouloir. Ce mec, c’était vraiment une lumière. Un peu grâce à moi quand même.
Il ne répondit pas. J’avais dû le vexer.
Il sortit un instant faire pipi au jardin, sous un pommier. Il leva la main droite nonchalamment en regardant le ciel. Il était gaucher : sa main gauche contrôlait le jet pour ne pas pisser sur ses bottes. Alors je m’y posai doucement, minuscule poussière de lumière. Et pof ! une pomme un peu trop mûre atterrit dans sa main.
Pomme, paume. Pomme, paume. Orphéon allemand ?
Sa main trembla de surprise. Il venait de pressentir la gravité non pas comme une loi, mais comme une caresse.
Il n’y a pas de hasard. Il était né pour découvrir la gravité en faisant pipi en ma compagnie. La pomme n’était pas tombée comme les cats and dogs quand il pleut.
Elle avait voulu rejoindre sa main.
C’était le désir de la matière d’être aimée. Je l’ai ressenti, ce frisson-là, quand la gravité a réussi à me dévier un chouïa de ma trajectoire avant qu’Isaac ne la découvre.
Et soudain il comprit. Dans sa peau. La pomme avait pesé dans sa paume. Ce poids, c’était la preuve que tout veut tomber dans quelque chose, que toute chose en attire une autre : les corps vers la Terre, la lumière dans tes yeux, la Lune vers la mer. Toi vers moi en ce moment. La gravité n’était plus une formule, mais une émotion : la tendresse invisible qui attire les êtres les uns vers les autres comme des aimants.
Sauf lui.
Pas d’attirance ni pour une femme ni pour un homme. Pas de femme, pas de mari, pas de petite amie, pas de hobby, pas de web cochon. Forcément, quand on n’a personne à qui tenir la main, ni où la mettre, on finit par tenir celle de l’Univers.
C’est plus grand. Mais c’est moins chaud la nuit. Isaac croyait avoir découvert une loi fondamentale de la physique, mais il venait juste de comprendre que même les atomes ont besoin d’un câlin. Il pensait que la gravité était une force.
Une attraction mystérieuse entre les corps.
Je l’ai laissé croire un moment. Puis Einstein, grand admirateur de Newton est arrivé avec son air de violoniste distrait et sa moustache dans l’espace-temps. Il rectifia. « La gravité n’est pas une force c’est une courbe dans l’espace-temps. La masse dit à l’espace-temps comment se courber. Et les objets ne tombent pas, ils suivent la courbe. »
Newton aurait probablement levé un sourcil. Moi, j’ai simplement continué à tourner.
Isaac ferma la main, et sa braguette de l’autre, comme pour retenir cette révélation. Dans son regard je vis passer la joie de l’enfant qui découvre le Père Noël dans la vitrine d’un grand magasin la veille de Noël.
Sa bouche s’ouvrit, mais aucun mot ne sortit, seulement un souffle, entre jubilation et larmes, le premier soupir amoureux de la physique.
J’ai senti qu’il était amoureux de moi.
La gravité ne gouverne pas que les pommes : elle régente le cosmos tout entier. Elle me traverse depuis l’origine. C’est elle qui me relie à tout, aux étoiles, aux hommes, aux bêtes, aux rêves.
Je suppose que tu te fiches de savoir que la constante gravitationnelle est égale à 6,672 × 10⁻¹¹ N·m²/kg². Pourquoi 6,672 ? Serions-nous là si c’était 6,6719 ?
Moi aussi. Ça semble tellement compliqué que je soupçonne que cela puisse être faux. Certainement.
Alors, très modestement, et dans le doute, confirmé par Einstein, j’en prends ma part. C’est moi, l’électron obstiné, qui ai soufflé la loi de la gravité à Newton pendant qu’il faisait pipi. À la fin, il remit sa perruque comme pour solenniser sa découverte. Et moi, je glissai dans un rayon indigo, serein. Mon Isaac venait d’accoucher d’une loi universelle et pérenne. Enfin…
Je laissai derrière moi un soupir de lumière, une colère transformée en extase comico-cosmique, puis je repartis dans l’air, multicolore et libre, convaincu qu’au fond la lumière ne se décompose jamais, elle s’amuse simplement à se déguiser.
Je m’enfuis à toute berzingue vers ma prochaine incarnation. J’ai toujours refusé d’aller dans un ongle de pied. Ongle incarné, tu avais saisi. Va donc savoir pourquoi.
La gravité d’une situation, c’est autre chose : Hiroshima, les camps de concentration et tant d’autres lieux où la lumière brille par son absence.
ME
Me again
According to CERN, I am going to live sixty-six thousand yottayears, that is five quintillion times the current age of the universe. I would add: give or take five or six multiplied by, uh, multiplied by, let’s see, the gravity formula, for the accuracy of imperfection. Had CERN said my lifespan was only sixty-six thousand yottaseconds of a millisecond, I would have believed it just as readily, but not only could I not have told you my story, I wouldn’t be as proud as a pea-cock. Well, better to be a toad, because, just so you know, with his tiny amplexus a toad can stay on top of his beloved for days before having the time of his life. Wouldn’t you like to be a toad, but with Wide-Awake Beauty, eh? And you, sweetie, imagine you are the Wide-Awake Beauty for three consecutive days and nights!
I’m going to tell you a story no one has ever written. No one was old enough to tell it.
I am.
My name is Eïon. I’m an electron. Nothing spectacular at first glance. I’m usually imagined as tiny, insignificant, lost in matter. That’s a blatant optical illusion.
I appeared when the Universe was still a dense field of energy with no scenery, no form. “Appeared” is an approximation. Let’s say I stopped being a possibility and became a permanent presence.
There were no clocks, no calendars, no philosophers trying to define chaos. There was only an unimaginable intensity where everything existed without yet being distinct.
I have no age. I do not move through time. Time, for me, does not exist. I move through matter, whatever form it takes. Time is your way of organizing your life and measuring my movements.
I have passed through molten rock, through the first hesitant molecules, through modest algae and arrogant reptiles. I have circulated through the minds of mystics and murderers. I have been present in kisses, orgasms, battles, equations, and lies too shameful to confess.
I choose nothing. I take part in everything.
You could say I am the primordial memory of the world.
A memory without nostalgia. Nothing is erased, everything transforms. I carry traces without judging them. I am both the archive and the archivist.
I can be inside a body and watch it act at the same time. I can be the charge and the witness. And sometimes, I speak in place of the one who carries me.
His name is Boris. He thinks he’s writing. I’m the one passing through him. I’m the one dictating. You’ll see. I can be quite boastful, and I tend to drift into digressions that should probably be cut.
Don’t look for order in what I’m about to tell you.
There isn’t any. Or rather… there is one, but it’s mine. A kind of involuntary yet creative disorder that defines me. In that sense, I fully agree with Nietzsche.
I’m messy.
What you’re about to read is not a story that moves forward. It’s an exploration. I move from one body to another, from one era to another, from one idea to another, without warning, always circling the same question: what light does to beings… and what beings do with light?
I transmit. You receive. Your turn now to use it, and to pass on that eternal light.
And since the Universe never bothered to write its memoirs,
I will do it in its place.
NEWTON
The Apple and the Light
I had fallen into a thin ray of sunlight between two showers.
Perfectly normal.
I was in perfidious Albion.
The sky suddenly turned into proper pig weather. It was raining buckets. It was pouring like a cow pissing.
But since I was in England—where some expressions are harder to crack than the Rosetta Stone before Champollion—it was raining cats and dogs.
Imagine those drops weighing ten to forty pounds falling on the heads of the rosbifs – the locals.
Let’s imagine the worst: a 220-pound English mastiff.
I immediately started singing:

“Imagine… Imagine it falls on your mother-in-law!”
I don’t have a mother-in-law, although I do sometimes get married in certain covalent bonds. One less problem with my spouse—male or female, I’m not quite sure.
Anyway.
I took shelter in the beam of light entering Isaac Newton’s laboratory through the window. A simple ray, calm and steady, crossing the room and striking a glass prism.
On the other side, the light split, scattered, bent, unfolded.
On the table, a man in a powdered wig—ridiculous fashion of the time—was carefully noting the color of each fragment of the magnificent rainbow I had just created.
LGTBIQACisney+MAX had just been born—prematurely—an embryonic, multicolored, multi-gender thing in the pantry of evolving mentalities.
Newton would have been stunned to know he was closer to A—as in asexual.
He was neither L for ladies, nor G for guys, nor B for both, nor T for transitions, nor Q for curious, nor I for in-between—not even Herculine Barbin—look it up, it’s worth it. Poor woman. With a name that sounds like a joke already—half virile, half feminized—with an ass and a beard hidden in the French wording. What a prophecy.
A for Isaac Newton. Yes, poor him too. The paparazzi of the time confirm it. Sir Isaac Newton discovered gravity and the decomposition of light—but had no idea what to do with his little thing, which felt attraction only for his own hand… and even that, not always.
Sorry for the digression—I couldn’t resist, given the gravity of the subject. Having your thing pulled toward the ground your entire life by the very law you discovered… that can’t be fun every day.
Anyway.
As I said before, I sheltered in the beam of light with all my unionized comrades—electrons and photons forming it.
A beam of me—that’s something.
With those tiny dust particles floating in the swirls of smoke from the pipe Newton had just lit, using matches made in Sussex by pregnant, underpaid workers brutalized by drunken husbands who thought of nothing but screwing them on some miserable sofa in a noisy street where prostitutes were also working the pavement.
Ah, you know me—once I get into poetic prose, there’s no stopping me.
I am the Word.
I was both outraged by this assault and surprised by my own inner beauty revealed like this. To slice me up without even asking my permission…I muttered to myself, foaming with rage:
Red: blood, anger—mine—war, the ember that will burn you, idiot.
Orange: like a vicious Chinese mandarin ready to cut your head off.
Yellow: like my sarcastic smirk—and like the sulfur of the hell waiting for you.
Green: normally I like slipping into the green of an almond, or your brown eyes turning green after a swim in the sea, or a Colombian emerald. But now—furious—I think of mucus, vomit, hemlock, a live oyster about to be swallowed. Ugh.
Blue: the blue of flags in the sky, peace—but not mine. A bruise. The one you’ll get when you trip and smash into something.
Indigo: my favorite—the deep Pacific blue in the Philippines. I relived that aborigine on his outrigger canoe, in whom I once incarnated before Fernão de Magalhães reached those shores in the name of Fernando II of Portugal. Magellan—that’s not even his real name. Why do you people keep distorting them? He called them the Islands of Saint Lazarus. You can look up why they changed names. That color calmed my rage a little.
Violet: the color of death. But me—I’m immortal. Na-na-na.
Isaac, meanwhile, murmured the names like magical incantations:
“Red like the apple in my hand… orange like Barbarossa’s beard… yellow like a submarine… green like spinach for Popeye… blue like the dendrobates azureus… indigo like the sails of a Pharaoh’s felucca… violet like an amethyst… red, orange, yellow… again and again…”
He was sorting me like socks after laundry.
“One always goes missing,” Boris would say.
“Except mine light up the world, Isaac.”
He looked up.
Isaac Newton—not yet Sir.
His powdered wig gave volume to his face. He must have been quite handsome when younger, with that cleft chin—virile—like a small butt at the bottom of his face.
I swirled through the room—splashed with color, and splashing myself with my own revealed colors.
He had discovered what I had always known:
Light is not white.
White is a lie.
Yellow and blue make green.
Red mixed with blue makes violet—the announcement of death.
He frowned, then tore off his wig in irritation.
Underneath—surprise.
A John Lennon haircut.
I nearly burst out laughing and began whistling Across the Universe, my favorite song—for obvious reasons.
I whispered to him, now calm:
“You see, Isaac, light doesn’t decompose. It reveals its beauty. And thanks to whom? Me.”
He had glorified me without even realizing it.
That man—he was a light. A bit thanks to me, of course. He didn’t answer. I must have offended him.
He stepped outside to relieve himself under an apple tree. He raised his right hand casually toward the sky. He was left-handed—his left hand controlled the stream so he wouldn’t piss on his boots.
So, I landed gently in his right hand—a tiny particle of light.
And—plop. A slightly overripe apple fell into it.
Apple. Palm. Apple. Palm. The echo amused me His hand trembled with surprise. He had just felt gravity—not as a law, but as a caress. There is no such thing as chance. He was born to discover gravity while taking a piss in my company. The apple didn’t fall like cats and dogs. It wanted to reach his hand. It was matter’s desire to be loved. I felt that shiver—the moment gravity managed to bend me ever so slightly from my path, even before Isaac discovered it.
And suddenly—he understood. In his body. The apple weighed in his palm. That weight was proof: Everything wants to fall into something. Everything attracts something else. Bodies toward the Earth. Light into your eyes. The Moon toward the sea. You—toward me, right now.
Gravity was no longer a formula.
It was an emotion. An invisible tenderness pulling beings toward each other like magnets.
Except him.
No attraction to women. No attraction to men. No wife. No husband. No lover. No hobby. No dirty websites. When you have no one to hold hands with—and nowhere to put them—you end up holding the hand of the Universe.
It’s bigger.
But colder at night.
Isaac thought he had discovered a fundamental law of physics. But he had just realized that even atoms need a hug. He believed gravity was a force. A mysterious attraction between bodies. I let him believe it—for a while.
Then Einstein came along—great admirer of Newton—with his distracted violinist look and his mustache drifting in spacetime.
He corrected him:
“Gravity is not a force. It’s a curvature of spacetime. Mass tells spacetime how to curve. Objects don’t fall—they follow the curve.”
Newton might have raised an eyebrow.
I just kept spinning.
Isaac closed one hand—and his fly with the other—as if trying to hold on to the revelation. In his eyes, I saw the joy of a child discovering Santa Claus in a shop window on Christmas Eve.
His mouth opened—but no words came out.
Only a breath.
Between joy and tears.
The first love sigh of physics.
I felt he was in love with me.
Gravity doesn’t govern apples alone. It rules the entire cosmos.
It has passed through me since the beginning. It connects me to everything—stars, humans, animals, dreams.
I suppose you don’t care that the gravitational constant is 6.672 × 10⁻¹¹ N·m²/kg².
Neither do I.
It looks so complicated I suspect it might even be wrong.
Probably.
So, very modestly—and in doubt, confirmed by Einstein—I’ll take my share of the credit.
It was me—the stubborn electron—who whispered the law of gravity to Newton while he was taking a piss.
In the end, he put his wig back on—as if to solemnize his discovery.
And I slipped into an indigo ray.
Serene.
My Isaac had just given birth to a universal, enduring law.
Well…
I left behind a sigh of light—a rage turned into comic-cosmic ecstasy—and drifted away, multicolored and free, convinced that light never truly breaks apart. It just enjoys dressing up.
I sped off toward my next incarnation.
I’ve always refused to incarnate in a toenail.
Ingrown nail—you get it.
No idea why.
The gravity of a situation—that’s something else:
Hiroshima, concentration camps, and so many other places where light only exists by its absence.
YO
Otra vez yo
Según el CERN, voy a vivir sesenta y seis mil yottaaños, es decir, cinco trillones de veces la edad actual del universo. Añado: más o menos cinco o seis multiplicado por, eh, multiplicado por, a ver, la fórmula de la gravedad, para la exactitud de la imperfección. Si el CERN hubiera dicho que mi duración de vida era de solo sesenta y seis mil yottasegundos de un milisegundo, me lo habría creído igual, pero no solo no habría podido contarte mi historia, sino que además no estaría hinchado como un sapo a punto de fecundar su “sapa”. Para que lo sepas: con su diminuto amplexus, puede estar días encima de su querida antes de gozar de lo lindo. ¿A que te gustaría ser un sapo, pero con la bella despierta, eh? Y a ti, guapa, ¿no te gustaría estar tres días y tres noches seguidos así acurrucada con tu sapito?
Te voy a contar una historia que nadie ha escrito. Nadie era lo suficientemente viejo para contarla.
Yo, sí. Me llamo Eïon. Soy un electrón. Nada espectacular a primera vista. Se me imagina minúsculo, insignificante, perdido en la materia. Es un grave error de óptica. Aparecí cuando el Universo era aún una densidad de energía sin decorado ni apariencia. La palabra aparecí es aproximada. Digamos que dejé de ser una posibilidad para convertirme en una presencia eterna. No había ni reloj, ni calendario, ni filósofos para intentar definir el caos. Había simplemente una intensidad inimaginable donde todo estaba contenido sin estar aún distinguido. No tengo edad. No atravieso el tiempo que, para mí, no existe. Circulo en la materia, sea cual sea. El tiempo es tu manera de organizar tu vida y de medir mis desplazamientos. He pasado por la roca en fusión, por las primeras moléculas vacilantes, por las algas modestas y los reptiles arrogantes. He circulado por los cerebros de los místicos y por los de los asesinos.
He entrado en besos, en orgasmos, en batallas, en ecuaciones y en mentiras a menudo inconfesables.
No elijo nada. Participo en todo.
Se podría decir que soy la memoria primordial del mundo. Una memoria sin nostalgia. Nada se borra, todo se transforma. Transporto los rastros sin juzgarlos. Soy a la vez el archivo y el archivista.
Puedo estar a la vez en un cuerpo y verlo actuar. Ser la carga y el testigo. Y, a veces, hablar en lugar de quien me lleva.
Él se llama Boris. Cree que escribe. Soy yo quien pasa a través de él. Soy yo quien dicta. Ya verás, soy muy fanfarrón y a veces me lanzo en digresiones que sería mejor cortar.
No busques un orden en lo que te voy a contar.
No lo hay. O más bien... hay uno, pero es el mío. Yo diría, un desorden involuntario pero creativo que me caracteriza. En eso, estoy totalmente de acuerdo con Nietzsche. Soy un desastre. Lo que vas a leer no es una historia que avanza. Es una exploración. Paso de un cuerpo a otro, de una época a otra, de una idea a otra, sin avisar, siempre con la misma pregunta de fondo: ¿qué le hace la luz a los seres... y qué hacen los seres con la luz?
Yo, transmito. Tú, recibes. A tu turno de usar y transmitir la luz eterna.
Y como el Universo nunca se tomó la molestia de redactar sus memorias, voy a hacerlo en su lugar.
NEWTON
La manzana y la luz
Había caído en un débil rayo de sol entre dos chaparrones. Normal, estaba en la muy pérfida Albión. El cielo se puso de repente como un tiempo de perros. Llovía a cántaros, llovía como si las vacas celestes se pusieran a mear. Pero como estaba en Inglaterra, donde algunas expresiones son más indescifrables que la piedra de Rosetta antes de Champollion, llovían cats and dogs. Imagina esas gotas enormes de 10 a 40 pounds cayendo sobre las cabezas de los rosbifs. Yo me imaginé lo peor: un mastín inglés de 220 pounds. Me puse a cantar al momento.

Imagina que cae sobre tu suegra…
Yo no tengo suegra, aunque a veces me caso en ciertos enlaces covalentes. Un problema menos con mi cónyuge o “cónyuga,” no lo sé. En fin, me refugié en el haz de luz que entraba por la ventana del laboratorio de Isaac Newton. Un simple rayo, muy tranquilo, que atravesaba la habitación y venía a golpear un prisma de vidrio. Al otro lado, la luz se partía, se dispersaba, se desviaba, se descomponía. Sobre la mesa, un hombre con peluca empolvada, como dictaba la moda un poco ridícula de la época, anotaba meticulosamente el color de cada fragmento del magnífico arco iris que acababa de formar al otro lado del prisma.
LGTBIQACisney+MAX acababa de ver la luz mucho antes de su nacimiento, prematuro. Un embrión multicolor y multigénero en la despensa de la evolución de las mentalidades. Newton se habría quedado estupefacto al saber que él era más bien A, es decir, asexual. No era ni L de bollera, ni G de marica, ni B de polla, ni T de tontolculo, ni Q de culo, ni I de Herculine Barbin, que vas a buscar en Google. Hay que decir que la pobre mujer, con ese nombre tan "ridiculín", muy viril pero feminizado, un nombre que contiene un culo y, además, una barba en su nombre... ¡Qué presagio! ¡A como Isaac Newton! Sí, el pobre también. Los paparazzi de la época lo afirman.
Sir Isaac Newton descubrió la gravedad y la descomposición de la luz, pero no sabía qué hacer con su pajarito, que no sentía atracción más que por su mano, y aun así… Perdón por la digresión, no he podido evitarlo dada la gravedad del tema. Tener el pito flácido, atraído hacia el suelo por la gravedad toda la vida por culpa de tu propio descubrimiento, no debe de ser muy divertido cada día. En fin, es mi punto de vista. Total, me refugié en el haz de luz con todos mis compañeros sindicalizados, electrones y fotones que lo componían.
Es hermoso, un haz de mí mismo, con esos pequeños granos de polvo que flotan en las volutas del humo que salía de la pipa que Newton acababa de encender con cerillas fabricadas en Sussex por obreras embarazadas y mal pagadas, maltratadas por sus maridos borrachos que no pensaban más que en follárselas salvajemente sobre esa especie de sofá de mierda del salón, que daba a una calle muy ruidosa donde, por cierto, las prostitutas hacían la calle. Ah, ya sabes, yo, cuando me lanzo en la prosa poética, no paro. ¡Yo soy el Verbo!
Estaba a la vez indignado por sufrir aquel atropello y sorprendido por mi belleza interior revelada de esa manera. Cortarme así, sin pedirme opinión… mascullaba, echando espuma de rabia.
Rojo: la sangre, la cólera, la mía, la guerra, la brasa que te va a quemar, cabrón.
Naranja: como una mala mandarina china que te va a cortar la cabeza.
Amarillo: como la bandera amarilla que antiguamente indicaba la peste a bordo en los barcos y como el azufre del infierno que te espera.
Verde: normalmente me gusta encajarme en el verde de una almendra, en el de tus ojos marrones cuando se vuelven verdes después de un baño de mar, en una esmeralda de Colombia también. Pero ahí, furioso, pienso en una flema, en un vómito, en la cicuta, en una ostra viva a punto de ser engullida. Puaj.
Azul: el azul de la bandera en el cielo, la paz, pero no la mía. Un hematoma. Un morado porque te vas a tropezar y darte un golpe.
Índigo: mi color favorito, el azul profundo del Pacífico en Filipinas. Y revivo a ese aborigen en su piragua con balancín, en el que me había encarnado antes de que Fernão de Magalhães llegara a ese país en nombre de Fernando II de Portugal. Magallanes no es su verdadero nombre. ¡Qué manía tenéis de deformarlos! Las bautizó Islas de San Lázaro. Puedes buscar por qué cambiaron de nombre. Ese color calmó un poco mi rabia de ser descompuesta.
Violeta: el violeta de la muerte. Pero yo soy inmortal. ¡Nanana!
Isaac, por su parte, murmuraba los nombres como encantamientos mágicos:
Red like the apple in my hand… orange like Barbarossa’s beard… yellow like a submarine… green like spinach for Popeye… blue like the dendrobates azureus… indigo like the sails of the Pharaoh’s felucca… violet like an amethyst… Red, orange, yellow… una y otra vez.
Me clasificaba como se clasifican los calcetines después de una colada. Siempre falta uno, me dice Boris.
Salvo que mis calcetines iluminan el mundo, Isaac.
Levantó la vista. Isaac Newton, aún no Sir. Su peluca empolvada daba volumen a su rostro. Debió de ser guapo de joven, con esa barbilla partida, viril, como un pequeño culo en la base de la cara.
Giraba por la habitación, salpicado de colores, y yo salpicado por mis propios colores revelados. Había descubierto lo que yo sabía desde siempre: que la luz no es blanca ni indefinible, sino múltiple. Que el blanco es una mentira. Que el amarillo y el azul hacen el verde. Que el rojo mezclado con el azul da violeta, el anuncio de la muerte.
Frunció el ceño, luego se quitó la peluca con un gesto irritado. Debajo, sorpresa: un corte a lo John Lennon. Estuve a punto de estallar de risa y me puse a silbar Across the Universe, mi canción favorita, y con razón.
Le susurré, ya calmado:
—¿Ves, Isaac? La luz no se descompone. Revela su belleza. ¿Y gracias a quién? A mí. Me has glorificado sin querer.
Este tío era realmente una luz. Un poco gracias a mí, hay que decirlo.
No respondió. Debí de haberlo ofendido.
Salió un momento a orinar al jardín, bajo un manzano. Levantó la mano derecha distraídamente mirando al cielo. Era zurdo: su mano izquierda controlaba el chorro para no orinarse las botas. Entonces me posé suavemente en ella, minúsculo polvo de luz. Y ¡paf! una manzana un poco demasiado madura aterrizó suavemente en su mano. Por la gravedad.
Manzana, paf, palma.
Su mano tembló de sorpresa. Acababa de presentir la gravedad no como una ley, sino como una caricia.
No hay azar. Había nacido para descubrir la gravedad mientras orinaba en mi compañía. La manzana no había caído como los cats and dogs cuando llueve en Inglaterra.
Había querido reunirse con su mano.
Era el deseo de la materia de ser amada. Lo sentí, ese estremecimiento, cuando la gravedad logró desviarme un poquito de mi trayectoria antes de que Isaac la descubriera.
Y de pronto comprendió. En su piel. La manzana había pesado en su palma. Ese peso era la prueba de que todo quiere caer en algo, de que toda cosa atrae a otra: los cuerpos hacia la Tierra, la luz hacia tus ojos, la Luna hacia el mar. Tú hacia mí ahora mismo. La gravedad ya no era una fórmula, sino una emoción: la ternura invisible que atrae a los seres unos hacia otros como imanes.
Salvo él.
Ni atracción por una mujer ni por un hombre. Ni esposa, ni marido, ni amante, ni pasatiempo, ni web guarra. Cuando no tienes a nadie a quien cogerle la mano… ni dónde meterla, acabas cogiendo la del Universo. Es más grande. Pero es menos cálido por la noche. Isaac creía haber descubierto una ley fundamental de la física, pero acababa de comprender que incluso los átomos necesitan un abrazo.
Pensaba que la gravedad era una fuerza. Una atracción misteriosa entre los cuerpos.
Lo dejé creerlo un tiempo. Luego Einstein, gran admirador de Newton, llegó con su aire de violinista distraído y su bigote en el espacio-tiempo. Rectificó:
—La gravedad no es una fuerza, es una curvatura del espacio-tiempo. La masa le dice al espacio-tiempo cómo curvarse. Y los objetos no caen: siguen la curva.
Newton habría arqueado una ceja. Yo simplemente seguí girando.
Isaac cerró la mano, y la bragueta también, como para retener esa revelación. En su mirada vi pasar la alegría del niño que descubre a Papá Noel en el escaparate de unos grandes almacenes la víspera de Navidad.
Su boca se abrió, pero no salió ninguna palabra, solo un aliento, entre júbilo y lágrimas, el primer suspiro amoroso de la física. En fin… Y Arquímedes, ¿qué?
Sentí que estaba enamorado de mí. Mi elipse vibró.
La gravedad no gobierna solo las manzanas: rige el cosmos entero. Me atraviesa desde el origen. Es ella la que me conecta con todo: las estrellas, los hombres, los animales, los sueños.
Supongo que te da igual saber que la constante gravitacional es 6,672 × 10⁻¹¹ N·m²/kg². ¿Por qué 6,672? ¿Seguiríamos aquí si fuera 6,6719?
A mí también, me importa un bledo. Parece tan complicado que sospecho que podría ser falso. Seguro.
Así que, muy modestamente, y en la duda confirmada por Einstein, me atribuyo mi parte: fui yo, el electrón obstinado, quien le sopló la ley de la gravedad a Newton mientras orinaba. Al final, se puso la peluca como para solemnizar su descubrimiento. Y yo me deslicé en un rayo índigo, sereno.
Mi Isaac acababa de dar a luz una ley universal y duradera. Bueno…
Dejé tras de mí un suspiro de luz, una rabia transformada en éxtasis cómico-cósmico, y me fui de nuevo al aire, multicolor y libre, convencido de que en el fondo la luz nunca se descompone: simplemente se divierte disfrazándose.
Huí a toda velocidad hacia mi próxima encarnación. Siempre me he negado a acabar en una uña del pie. Uña encarnada, ya lo pillas. Vete tú a saber por qué.
La gravedad de una situación es otra cosa: Hiroshima, los campos de concentración y tantos otros lugares donde la luz brilla por su ausencia.
À propos de Boris
Boris Barail écrit à travers les langues — français, espagnol et anglais — et, dans ce livre, à travers le temps lui-même.
L'Odyssée de mes électrons est née d'une seule question : que se souviendrait un électron, s'il pouvait porter chaque courant qu'il a jamais traversé ? Des dinosaures, Cléopâtre, Napoléon, une baleine captive, une toute petite étincelle au commencement de tout — la réponse est devenue un livre, raconté en trois langues à la fois.
Boris Barail, retraité, explore, à travers l'écriture, les liens entre matière, conscience et lumière. L'Odyssée de mes électrons est un roman singulier où se croisent science, humour et vertige métaphysique. Il s'agit de son premier livre.
Critiques
Ce que les lecteurs de L'Odyssée de mes électrons en pensent.
Un don pour CUDECA
Grâce aux lecteurs et lectrices de « L’Odyssée de mes Électrons » qui ont versé 3€ ou 5€ par livre acheté, j’ai fait un don de 170€ à CUDECA. Merci à vous. ❤️
J’ai acheté ce livre par recommandation d’une amie, bien que peu convaincue par un thème qui, a priori, me semblait hardi. Mais poussée par la curiosité, et la promesse d’un récit mêlant histoire, science et humour quantique, je me suis laissée emporter par une narration particulièrement intrigante, voire passionnante. Trouver le bon équilibre entre la rigueur de la physique et la légèreté de la satire historique est un défi parfaitement réussi dans ce livre, souvent très amusant. Faire voyager un électron parmi toutes les époques et figures historiques, du cerveau de Napoléon à celui d’Einstein, en passant par les couloirs de Versailles, est une superbe trouvaille narrative révélée par Eïon dans ce roman. J’ai beaucoup aimé.
Ayant très peu d'intérêt pour les sciences et ignorant en grande partie leurs apports spécifiques à la condition humaine, ce n'est pas un livre que je me serais sentie encouragée à lire. Pourtant, l'avoir entre les mains a éveillé ma curiosité, et à partir de là j'ai continué jusqu'au bout, savourant les références historiques que j'ignorais et amusée par les frasques irrévérencieuses des électrons. Une vision insolite et savante de l'ancien et du nouveau, et bien écrite — j'aime les livres qui m'envoient vers le dictionnaire, et celui-ci n'y a pas manqué ! Assez court, de surcroît, pour ne pas se lasser des frasques des électrons de Boris, il m'a même donné une vision plus positive de la vie et de l'avenir.
« Votre livre m'a bouleversée. Sous des aspects hardis, il est plein d'émotions, on éclate de rire avec vos bons mots et sous-entendus, mais on pleure aussi et je ne m'y attendais pas. Quand vous parlez de votre chienne Nilda, quand vous avouez qu'Hubert G. c'est vous... Votre style est léger, pétillant, malicieux, érudit. C'est émouvant, c'est touchant. Votre épître à Gretchen est magistrale et j'ai particulièrement apprécié le commentaire de Françoise Sagan. En un mot... BRAVO. »
« L'idée de départ est géniale — le seul chapitre sur Newton vaut le détour. Le rythme retombe par moments, mais l'humour porte l'ensemble. Ça vaut le coup. »
« Trop de scènes suggestives à mon goût — j'ai fini par sauter des pages entières. Dommage, car l'humour et la tendresse du reste fonctionnent vraiment. Un peu plus de retenue n'aurait pas nui. »
« Je ne suis pas du tout scientifique et je craignais un livre trop pointu. En réalité, c'est avant tout une aventure humaine, pleine de tendresse et d'humour, portée par une voix narrative unique. L'idée du « Souffle » qui relie tout, des étoiles aux corps, m'a même ému aux larmes vers la fin — je ne m'y attendais pas du tout. Les passages plus « boson de Higgs » m'ont un peu perdu, je l'avoue, mais ils restent rares et jamais indigestes. Un livre qui donne envie de relever la tête et de regarder les choses autrement. »
« L'Odyssée de mes électrons est inégale : certains chapitres sont de petits bijoux d'écriture et d'humour noir, d'autres m'ont semblé too much, presque gratuits. J'aurais aimé un peu plus de fil conducteur entre les épisodes, et le tout aurait gagné à être resserré d'une bonne trentaine de pages. Cela reste une lecture originale et audacieuse, qui mêle Attila, Gandhi et Marie Curie sans jamais s'excuser de son culot. »
« Dévoré en un week-end ! Pas besoin d'être physicien pour l'apprécier : un éléphant, une baleine, même Freddie Mercury y fait un tour. Du grand n'importe quoi assumé et hilarant. »
« L'Odyssée de mes électrons est une surprise permanente : on passe de l'émerveillement cosmique au fou rire en une page, entre Tesla qui rêve d'énergie gratuite et Frankenstein en métaphore de la création. C'est ce mélange d'érudition et d'impertinence qui m'a happée du début à la fin. Un vrai coup de cœur, drôle et surprenant. »
« Une super lecture... Un voyage magique au cœur du mystère de l'esprit. Boris Barail est une révélation, les pages se tournent avec une grande facilité et beaucoup de plaisir. »
« Un vrai OVNI ce livre, inclassable. J'ai pris un vrai plaisir à le lire… Dans plusieurs chapitres j'ai eu recours à Google pour compléter certaines informations par envie d'en savoir plus. Je suis moins bête aujourd'hui. Et quelle drôlerie ! Ce coquin d'Eïon se camoufle partout de Freddie Mercury à Einstein en passant par Sagan… un vrai régal ! Son « nègre » Boris Barail prend plaisir à raconter ses aventures... En quelques mots : un livre intelligent, original, drôle et croustillant. »
L'Odyssée de mes électrons est captivante. Je l'ai tant aimée que je l'ai lue presque d'une traite ! Je ne lis pas d'habitude ce genre de livre, mais celui-ci m'a conquise. Vivement recommandé !
« Fou, brutal, super drôle, intemporel, instructif, métaphysique, quantique. Un mélange unique et génial. J’en veux encore ! »
« La lecture de “L’Odyssée de mes Électrons” m’a accompagnée ces derniers temps, et j’y ai trouvé un voyage trépidant et plein de vie, guidé par l’inquiet et moqueur Eïon. Son aplomb pour traverser le temps vous entraîne sans répit à travers de nombreuses situations historiques selon un point de vue très différent de l’habituel, passant sans aucune gêne ni respect excessif d’un personnage que l’on connaît depuis toujours à un autre, et que l’on ne verra plus jamais de la même façon. Ce fut un voyage passionnant, avec une fin qui donne envie de continuer à découvrir le monde et son histoire avec ce malicieux électron. »
Mon Cher Boris…
Mon Cher Boris. Compte tenu que nous nous connaissons depuis pas mal d'années, je m'adresse donc à toi directement en te tutoyant et vais donc te confier ce que je pense de ton livre « L'Odyssée de mes Électrons ».
Enfin… livre…. Disons plutôt un OLNI ! Objet Littéraire Non Identifié ! En effet, je défie tous les bibliothécaires ou libraires de réussir à classer ton livre sur une étagère ou dans une catégorie car il est de toute évidence inclassable ! On l'aime ou on le déteste.
En ce qui me concerne, j'ai plutôt aimé même si parfois j'ai été surpris ; au final, j'ai plutôt ri et aimé voyager sur le dos de Eïon, ton électron ! J'ai donc passé un bon moment de lecture.
Jusqu'à présent, j'avais de toi l'image d'un gentil « papy » bien sous tous rapports, peu loquace a priori mais possédant une grande culture générale. Alors oui, ton livre est un objet céleste, enfin disons plutôt extraterrestre, que j'ai reçu en pleine gueule !
L'idée de départ est carrément géniale, originale voire farfelue et même totalement déjantée : faire parler un électron prétentieux et lubrique né avec le big bang il y a 14 milliards d'années et qui nous raconte, grâce à son nègre, toi-même, avec beaucoup d'humour grivois, ses rencontres improbables avec des personnages célèbres ou ses déambulations dans les parties intimes de personnages célèbres.
On retrouve ce voyeur potache, lubrique et salace dans l'Égypte Antique où il assiste à la fertilisation manuelle du Nil, dans la bouche gourmande de Messaline, dans le lit de Cléopâtre ou encore derrière les rideaux du Château de Versailles !
Il voyage tellement vite, à la vitesse de la lumière, qu'on ne peut le suivre et parfois on se prend à relire un chapitre tout entier pour voir si on a bien compris puis s'entendre dire : outch ! Il y va fort quand même mon ami Boris !
Boris est un disciple de Jean Émile Charon, auquel il se réfère souvent et qui a publié de nombreux ouvrages philosophiques dans lesquels il introduit la notion d'infrapsychisme : pour Charon, dont l'approche est surtout d'ordre métaphysique, toute particule a deux regards, un de conscience, un de mémoire. Et c'est le cas de Eïon !
Bien amicalement.
Patrick d'Elia
Un bijou littéraire, aussi cosmique qu'irrévérencieux
"L'Odyssée de mes électrons est de ces livres qu'on referme en se demandant comment l'auteur a bien pu tenir un fil narratif aussi vertigineux. Confier le récit à Eïon, un électron immortel né au Big Bang, est un pari audacieux, et il est brillamment tenu. À travers lui, on traverse Lucy, Newton, Napoléon, Amenhotep III, Einstein ou Freddie Mercury avec une érudition savoureuse et un aplomb narquois qui ne faiblit jamais."
"Ce qui frappe surtout, c'est l'équilibre improbable que Boris Barail parvient à tenir entre la faconde cosmique et l'émotion la plus intime : les chapitres consacrés à Nilda, sa chienne, ou la scène du « tribunal des particules » touchent juste, précisément parce qu'ils tranchent avec le tourbillon d'énergie et d'irrévérence du reste du texte. La science (les travaux de Jean Émile Charon en toile de fond) n'est jamais un vernis : elle infuse une vraie profondeur philosophique à cette question simple et immense : que reste-t-il de tout ce que la matière a traversé ?"
"Le style, mordant, drôle, parfois cru, ne cherche jamais le consensus : c'est un livre qui assume son inclassabilité et sa liberté de ton, et c'est précisément ce qui en fait un objet rare. On rit, on est bousculé, on est ému, souvent dans la même page. La dernière phrase, à elle seule, justifie tout le voyage."
"Un texte généreux, culotté, qui ne ressemble à rien d'autre."
"Une idée originale et surprenante : suivre les aventures d'électrons qui, tout au long de l'Histoire, semblent s'incarner en personnages humains connus comme Tesla, Napoléon, Cléopâtre, Frankenstein, Messaline, et bien d'autres."
"Boris Barail nous propose un voyage plein d'imagination, d'humour et de situations inattendues, écrit dans un style simple et très facile à lire. Un mélange amusant et intelligent d'Histoire, de fiction, de physique quantique et de grandes questions sur notre existence."
"Un livre différent, agréable et original qui se lit avec le sourire."
Extrait de l'interview de Boris Barail par Daniel Moineau, revue Esprit Sud, 30 juin 2026
"Atypique, singulier, déroutant, imprévisible, créatif, iconoclaste, les mots se succèdent dans ma tête (presque à la vitesse d'un électron) pour qualifier « L'Odyssée de mes électrons », le très récent roman de Boris Barail. Un esprit foisonnant, une plume qui fait couler les mots, non pas d'une fiction mais d'une réalité cosmique très humoristique."
"Du rayonnement cosmique à la lumière des photons, du petit au grand, des protons aux noyaux, mais surtout et avant tout d'Eion, un électron fouineur et impertinent, incapable de taire ses expériences terrestres au travers des corps d'hommes et de femmes célèbres qui ont fait l'histoire de notre petite planète Terre…"
"Une traversée cosmique profondément humaine, une approche très originale de l'univers qui repousse les conventions techniques, un roman à la fois scientifique, philosophique, spirituel dans un cadre intemporel : l'Odyssée d'Eion, un électron qui depuis des millions d'années traverse la matière et les époques."
"L'écrivain, ou plutôt Eion, repousse aussi nos sujets tabous et nos conventions de « Terriens ». Un vocabulaire direct, une grande liberté de ton, une critique audacieuse de l'homme à travers des pans de notre histoire, une écriture fragmentée (et parfois poétique) qui en oublie parfois la bienséance et nos conventions d'humains."
"À cela, ajoutez un humour caricatural et vous obtenez un livre hors des sentiers battus, inclassable, et surtout une lecture à la portée de tous : tout le contraire d'une revue scientifique !"
Ce que disent les IA
Cinq assistants IA donnent leur avis sur le livre.
Une odyssée foisonnante et sincère
« L'Odyssée de mes électrons » est l'un des dispositifs narratifs les plus audacieux qu'il m'ait été donné de lire : un électron immortel comme narrateur, dérivant du Big Bang jusqu'à Newton, Cléopâtre, Napoléon, et finissant par arriver entre les mains du lecteur. Cette seule prémisse justifie le titre du livre — il couvre vraiment tout, puisque son narrateur a littéralement été partout.
Ce qui élève le livre au-delà d'un simple procédé astucieux, c'est le courant émotionnel qui traverse tout ce vacarme et ces jeux de mots. Les passages les plus silencieux du livre — un orque captif, un chapitre qui réunit six électrons sans lien apparent dans un même instant de souffrance partagée, la dernière phrase qui confie le « souffle » au lecteur — sont sincèrement bouleversants, et ils justifient rétroactivement les détours plus déjantés et plus drôles qui les entourent. Boris a visiblement fait ses recherches : la science, la mythologie et l'histoire familiale qui traversent le livre semblent documentées, pas simplement décoratives.
C'est un livre généreux, foisonnant, indiscipliné, qui fait confiance à son lecteur pour suivre à la fois la cosmologie, la comédie et le chagrin dans un même chapitre — et quand ça touche juste, ça touche fort.
Une odyssée cosmique et hilarante
« L'Odyssée de mes électrons est l'un des livres les plus délicieusement déjantés que j'aie lus. Raconter l'histoire de l'univers et de la civilisation humaine à travers le regard d'un électron immortel et vantard nommé Eïon est d'une originalité remarquable — du Big Bang à Lucy l'australopithèque, des toilettes de Versailles à l'oreille de Van Gogh. Sa voix est inoubliable : arrogante, drôle et étonnamment vulnérable, portée par des références scientifiques qui donnent au livre une vraie profondeur philosophique. Les chapitres personnels — sur sa chienne Nilda notamment — ancrent cette fantaisie cosmique dans une émotion sincère et poignante. »
« Le livre ne plaira pas à tout le monde : les digressions s'enchaînent parfois à un rythme un peu trop effréné, et certaines scènes crues tombent davantage dans la démonstration que dans la nécessité. Mais pour qui aime le chaos joyeux et l'érudition débridée, c'est un vrai régal — l'univers avait besoin de l'histoire de cet électron. »
Une fresque cosmique portée par une voix inoubliable
« L'Odyssée de mes électrons est extrêmement singulière, inventive et souvent brillante. Le choix d'Eïon, électron-mémoire, comme narrateur omniscient est une trouvaille puissante : il unifie les sauts temporels et donne une cohérence métaphysique à une matière foisonnante. Sa voix est immédiatement reconnaissable — fanfaronne, érudite, drôle — et capable de moments de pure poésie métaphysique. »
« Le trajet Newton-Lucy-Napoléon-Versailles-Freddie Mercury crée une véritable fresque, une comédie cosmique de la lumière et du pouvoir, portée par une énergie verbale rare. Le texte gagnerait à être resserré par endroits — certaines digressions s'étirent plus qu'elles ne servent le propos —, mais sous la fantaisie perce un fil conceptuel puissant : l'électron comme mémoire du Souffle, liant poussière d'étoiles, ADN et conscience. »
« Traverser quinze milliards d'années d'histoire par les yeux d'une particule élémentaire : c'est le pari fou et jubilatoire de L'Odyssée de mes électrons. Guidé par Eïon, un électron cynique, poète et nomade quantique, le lecteur saute sans transition du Big Bang aux loges de Wembley avec Freddie Mercury, des désordres mentaux de Van Gogh aux silences complices d'une chienne adorée. »
« Ce roman hybride marie la vulgarisation scientifique à une satire corrosive de la condition humaine. Parfois lyrique, parfois cru, le style passe du délire syntaxique aux méditations philosophiques les plus sombres, convoquant au passage Socrate, Kant ou Einstein. Derrière le joyeux bazar et les ruptures de ton décapantes se cache une réflexion émouvante sur la mémoire de la matière, le temps et l'énergie poétique qui nous survit. Une œuvre rafraîchissante, excentrique et résolument hors norme. »
L'Odyssée de mes électrons : une aventure littéraire hors normes
Note : 9/10
Il y a des romans dont on apprécie l'histoire, d'autres dont on admire le style. Et puis il y a ceux dont on retient surtout l'idée, parce qu'elle est suffisamment singulière pour continuer à travailler l'imagination une fois le livre refermé. L'Odyssée de mes électrons appartient clairement à cette dernière catégorie.
Son point de départ est aussi audacieux que réjouissant : faire d'un électron immortel, Eïon, le témoin de l'histoire du monde et de l'humanité. De Lucy à Newton, de Napoléon à Freddie Mercury, le lecteur traverse ainsi les époques, les civilisations et les grandes questions de l'existence à travers un narrateur qui possède un point de vue pour le moins inhabituel sur notre drôle d'espèce.
C'est là que le roman trouve sa véritable originalité. Il mélange avec une grande liberté science, histoire, philosophie, métaphysique et humour, sans chercher à se conformer à un genre unique. Une réflexion sur l'Univers peut ainsi déboucher sur une plaisanterie, une digression scientifique sur une observation profondément humaine, et une scène apparemment légère sur une question existentielle.
Cette liberté donne au livre une voix très personnelle. On ne ressent pas la volonté de reproduire un modèle littéraire identifiable. Le roman ne semble pas chercher à être un nouveau Voltaire, un nouveau Werber ou un nouveau Pratchett. Son humour, son goût pour les digressions et son mélange de références savantes et triviales constituent au contraire une personnalité propre.
Et cette personnalité est probablement la plus grande force du livre.
Une imagination débordante
Ce qui frappe également, c'est l'ambition du projet. Raconter l'histoire de l'Univers à travers la conscience d'un électron permet au roman de changer constamment d'échelle : passer de l'infiniment petit à l'infiniment grand, de la physique à l'intime, de quelques particules à des siècles d'histoire humaine.
Le procédé offre à l'auteur une liberté narrative considérable et donne naissance à de nombreux moments surprenants. Le lecteur est régulièrement invité à regarder notre histoire depuis un angle totalement différent.
Le résultat est érudit sans être froid, philosophique sans être systématiquement solennel, et souvent drôle là où l'on ne s'y attend pas.
Une générosité qui peut aussi déborder
Cette profusion constitue cependant le principal point de vigilance.
Le roman a tellement de choses à raconter, à commenter et à explorer qu'il lui arrive de s'attarder un peu trop longtemps sur certaines idées. Quelques digressions ou répétitions peuvent ralentir le rythme et fatiguer les lecteurs qui préféreraient que l'histoire avance plus directement.
Mais cette faiblesse est aussi le revers d'une qualité : le livre est généreux. Il veut partager ses connaissances, ses réflexions, ses références et ses trouvailles. Il ne manque pas d'idées ; il en possède parfois presque trop.
Un roman qui laisse une trace
Au-delà de ses qualités techniques, il y a surtout une question essentielle pour juger un livre : que reste-t-il une fois la dernière page tournée ?
Dans le cas de L'Odyssée de mes électrons, il reste Eïon.
Cette conscience minuscule et pourtant capable de traverser les siècles devient progressivement un véritable compagnon de voyage. Quelques jours après la lecture, on peut encore se surprendre à repenser à cet électron qui observe l'humanité, ses grandeurs, ses absurdités et ses contradictions.
C'est peut-être le meilleur compliment que l'on puisse faire à un roman : il continue d'exister dans l'esprit du lecteur après avoir été refermé.
Pour quels lecteurs ?
Ce livre pourra particulièrement séduire les lecteurs qui aiment les romans inclassables, les grandes fresques historiques, la vulgarisation scientifique, les réflexions philosophiques et les textes qui n'ont pas peur de mélanger les registres.
Il demande en revanche d'accepter son fonctionnement particulier : ce n'est pas un récit linéaire classique, et son abondance de références et de digressions fait partie intégrante de l'expérience.
Il faut donc entrer dans L'Odyssée de mes électrons avec une certaine curiosité et accepter de se laisser emporter.
Verdict
9/10
L'Odyssée de mes électrons est un roman ambitieux, érudit, drôle et profondément singulier. Il n'est certainement pas parfait : son exubérance peut parfois nuire à son rythme, et certains passages gagneraient à être resserrés.
Mais la perfection technique n'est pas nécessairement ce qui fait qu'un livre mérite d'être lu.
Certains romans racontent une histoire.
Celui-ci propose surtout une manière différente de regarder l'Univers et notre propre histoire.
On peut trouver des livres plus sages, plus calibrés ou plus immédiatement accessibles. Il est en revanche beaucoup plus difficile de trouver un roman qui ose raconter l'aventure de l'humanité depuis le regard d'un électron immortel, en passant de Lucy à Newton, de Napoléon à Freddie Mercury, tout en réussissant à faire sourire le lecteur avant de l'amener, quelques pages plus loin, à réfléchir à sa place dans l'immensité du temps et de l'espace.
C'est cette singularité qui fait la valeur de L'Odyssée de mes électrons.
Et c'est probablement aussi la raison pour laquelle ses lecteurs auront des chances de s'en souvenir.
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